dimanche 10 juillet 2011

Istanbul, juin 2011


La Turquie bouffe du Erdogan jusqu'à l'indigestion inévitable. Sa présence sur tous les espaces disponibles enfonce littéralement Mustafa. Faut le faire.

Saisie par la fièvre pré élections, la Turquie semble être envoutée par la success-story erdoganienne. Les autocars des partis défilent, bardés de haut-parleurs diffusant leur salade pas vraiment bio.

La police a accentué sa pression sur la liberté de circulation en
multipliant les barrages dans les rues, arrêtant les taxis avec fouille corporelle, des policiers en civil ratissent les passants dans les rues de Beyoglu pour quelques grammes de dope. Nouveauté : lorsque la quantité est faible, le contrevenant est relaché avec l'obligation de se présenter chaque mois au laboratoire pour des analyses.
 
 La nouvelle assemblée devrait légaliser le filtrage d'Internet.

A l'exemple des kémalistes et autres nationalistes extrêmement réactifs envers ce qui parait contester le dogme de l'unité turque ou tout autre mystification fondatrice,  les activistes religieux portent plainte contre ce qui heurte leur idée de la morale.
Exemple : la demande de saisie de la traduction du  "'Festin Nu " de W. Burroughs a été accordée par la justice à leurs chaussettes.

En France, pays champion en matière d’impôts indirects, la bouteille de Yeni Raki vaut 18 €, en Allemagne, dans un supermarché généraliste elle vaut 14 €. En Turquie, pays producteur, elle coute 18€





Cet hiver un commando de soi-disant gens du quartier, avait agressé les invités d’un vernissage à Beyoglu qui buvaient de la bière dans la rue devant la galerie. Depuis, les fouteurs de merde n’ont pas été inquiétés et la municipalité a décrété que l’alcool  est désormais interdit  durant les vernissages. Tout celà n'est bien sur pas appliqué à la lettre mais j'ai le sentiment que l’Akp et toutes ses nébuleuses tiennent la situation à Beyoglu en main. Ils ne vont pas se mettre à stériliser la poule aux œufs d’or, mais ils peuvent lui serrer un peu le cou quand ils le jugent nécessaire, ne serait ce que pour montrer parfois qui est le maitre.

Si c’est comme ça sous les projecteurs on peut imaginer ce que ça doit être ailleurs. 

Un ministre visite une entreprise qui emploie aussi des handicapés. Un aveugle s’adresse au ministre pour se plaindre du fait qu’à travail égal il gagne moins que ses collègues voyants. Réponse : « Mais vous ne  vous rendez pas compte quelle chance pour vous d’avoir ce boulot. Voyons, pensez un peu à tous les handicapés qui n’ont rien ».
 

Le plaisir de la rencontre y est toujours vif, mais je ressens un poil de lassitude devant  la beauté des ruines d’une cité qui tourne inévitablement à la machine à sous. Le grand chantier sur Istiklal a vomi un énième centre commercial sur 5 étages et la connerie ne s’est jamais aussi bien portée dans la tête des jeunes décervelés par un système éducatif dont c’est le principal objectif.
 


mardi 4 janvier 2011

Bananes et pommes sautées

Ce n'est pas vraiment facile d'entretenir un blog. Une activité qui au départ, ressemble à lancer des bouteilles à la mer à partir d'une île déserte et qui, finalement, ressemble plus à l'exhibition d'un dialogue avec soi-même. Une fois la loi du genre apprise, on peut s'en divertir.
Pour ceux qui n'auraient pas idée de ce que ce blog renferme, je dirais qu'il contient  plutôt des critiques de l'activité - entre autre artistique, mais pas que - de mes contemporains.
Par souci d'honnêteté j'ai décidé de fournir moi aussi ma partie dans l'indifférence coutumière.
Plutôt modestement, sans tapage et  gratuitement comme il se doit.

samedi 17 juillet 2010

HEMSIN

Dans la région d'Artvin, dont fait partie Hopa sur la mer Noire vivent les Hemsinli de l'Est ( on prononce hemchinli ). Comme leurs cousins qui vivent à une centaine de kilomètres vers l'Ouest dans les vallées  du Kachgar, au-dessus de Rize, ils parlent une langue dont l'origine arménienne ne fait aucun doute, même si les principaux intéressés ne s'en doutaient pas. C'est avec la chute de l'Urss que tout s'est dénoué : les hemsinli ont commencé à capter des télévisions et des radios arméniennes et se sont aperçus avec stupéfaction qu'ils comprenaient cette langue. La pilule fut amère pour certains qui se prenaient pour des vrais musulmans turcs. Des explications vaseuses tendant à démontrer que les hemsinlis étaient de vrais turcs et que seul les vicissitudes de l'histoire les avaient conduits à parler arménien furent bricolées en un tour de main. Aujourd'hui il semble qu'une partie de la population a admis qu'elle est d'origine arménienne - nous avons rencontré des hemsinlis qui se présentent spontanément ainsi, parfois avec un petit sourire malicieux. Mais ce n'est pas toujours le cas.
Sevan Nisanyan raconte que lors d'un voyage dans les villages de la région il discutait au café avec des jeunes et leur demandait la traduction en hemsinli de mots turcs. Au bout d'un moment les jeunes ont commencé à être intrigués par le fait que Sevan semblait parler leur langue. Ils lui ont demandé  comment se fait-il que vous parliez hemsinli? Il leur alors répondu que c'était sa langue : l'arménien. Il y eut un silence, l'atmosphère chaleureuse disparut instantanément  pour laisser place à une hostilité grandissante qui risquait de mal tourner sans l'intervention des vieux présents au café qui dispersèrent les jeunes. L'origine de ces arméniens convertis remonte au 16ème siècle,  à l'époque où les peuples d'origine géorgienne ( en majorité dans les villes côtières ) embrassèrent la religion musulmane, contraignant par contre-coup les arméniens de la région à craindre pour leur survie. C'est ainsi que les hemsinlis prirent la décision de devenir eux-mêmes musulmans.

jeudi 15 juillet 2010

HOPA, dernière ville avant la frontière

J'ai toujours été intrigué par Hopa. Comme par tous les terminus. Depuis mon adolescence je l'avais identifié comme la destination la plus lointaine accessible par les lignes maritimes turques sur la Mer Noire juste au pied du "Rideau de Fer". Elle faisait partie des bornes de mon imagination comme la seule bourgade qui avait le privilège d'avoir un port desservi depuis Istanbul, au même titre que Trabzon, Samsun ou Sinop et je n'y étais jamais allé.
Avec la chute de l'Urss puis la fermeture de la frontière turco-arménienne, Hopa a pris une toute autre allure.
Fi du terminus, Hopa est devenu ville de transit.
Le trafic routier des marchandises ne s'arrête jamais en direction de la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaidjan, car c'est quasiment le seul point de passage douanier praticable pour les TIR.
D'autre part, la migration des femmes en provenance des provinces pauvres de l'ex-Urss en vue de trouver du travail dans la prostitution - les natachas - a bouleversé  l'imaginaire et les mœurs des hommes en Turquie en général et particulièrement la région de la Mer Noire, et cela dès la fin de l'empire soviétique. Ces femmes dénuées de préjugés envers la sexualité et en général éduquées, privées de travail après la faillite de l'Urss ont considérablement fait tourner la tête de ces messieurs, habitués au sordide des bordels turcs.
Quoiqu'il en soit à Hopa on n'a pas l'air de s'ennuyer. Les bars, parfois immenses, avec musiciens et chanteuses occupent le dernier étage ou le toit des immeubles du centre commercial (çarsi) et si de jour de la rue on ne voit rien, le soir on entend largement la musique et l'ambiance, ce qui suffit à guider le chaland. Nous y aurions certainement jeté un oeil, si nous n'avions trouvé une soirée dans un local au 5 ème étage qui ne réunissait que des jeunes de la région - garçons et filles - qui s'amusaient avec beaucoup d'entrain en dansant le horon. La chaleur ayant eu raison de nous ( et aussi la sono bien lourde )  nous sommes rentrés à l'hotel. Rien à voir avec le standard de ce genre d'établissement en Turquie : ultra bien tenu. Et avec une désarmante évidence, dans les chambres les chaines pornos sont en accès libre comme pour nous rappeler qu'ici la Turquie n'aurait plus de complexes.

jeudi 13 mai 2010

Istanbul

Enfin Istanbul ! Il ne s'agit pas de soulagement mais la Turquie sans Istanbul manquerait cruellement de sens. La troupe est logée en plein coeur de ce bouillonnement, dans l'ancien quartier alla franga, à 30m de la plus célèbre rue de Turquie : Istiklal Caddesi. On a tant décrit ce quartier (Beyoglu)  que je ne m'attarderais pas à le faire. Disons simplement que 8 mois d'absence n'ont pas été perdus pour tout le monde. Les cafés, restaurants ont colonisé de nouvelles rues et sont en général bondés. La musique et le bruit sont omniprésents. C'est d'ailleurs un des points qui la différencie de la rue européenne : les gens se parlent sans se priver, dans une surenchère illimitée. Cela n'a pas été sans effet sur notre compagnie. Après les tensions du début nous avons appris  à laisser filer les entraves qui ne méritent pas qu'on s'y attarde.  Le plus spectaculaire étant notre accordéoniste  Jasko - d'origine gitane et serbe - plutôt déprimé et peu loquace d'habitude, qui s'est particulièrement épanoui au fur et à mesure de la tournée.
Le développement des possibilités existantes a repris de plus belle. Curieusement, plus de traces de l' atmosphère de crise de l'année dernière, le discours se veut optimiste et confiant dans l'avenir.  Il semble que l'économie turque soit gagnante dans la partie.
Dans le CCF d'Istanbul, situé idéalement en haut d'Istiklal, on accède à un café resto très calme dans une cour fermée de murs,  tel une oasis dans ce quartier d'enfer : très appréciable.  Sur les 4 petites pelouses, la politique culturelle  du CCF a érigé une insignifiante exposition de 4 sculptures muettes d'ennui gargarisé. A l'évidence, les décideurs en France n'ont pas pris la mesure du potentiel d'Istanbul, semblant la considérer comme une vague bourgade et maintiennent en place (on ne sait pourquoi) une direction ridiculisée aux yeux de tous. C'est là que nous avions décidé, par défaut, de jouer malgré les contraintes du plateau riquiqui, avant tout pour sa localisation incontournable.
L'équipe technique, au nombre de deux personnes, fait ce qu'elle peut, avec un zeste de traine-savates, concevable dans le contexte. Aydin, le régisseur en chef, sympathique et nonchalant, est plein de bonne  volonté. malgré son style bougon. Süleyman, sous ses airs d'ours mal réveillé, ne manque pas de finesse. La première représentation - en soirée - nous permet de retrouver les amis qui se sont déplacés pour nous voir. . , et de nous attrister de l'absence de ceux qui nous ont oublié. La première représentation scolaire du lendemain matin est un peu molle ( les nuits sont courtes) mais la seconde est parfaite. Ainsi se termine idéalement la tournée de l'Éléphant dans le Noir en Turquie, et vraisemblablement sa carrière en ce qui concerne l'année à venir.
Le soir,  la Compagnie réussit à trouver  une table dans une petite rue tranquille pour les Derniers Verres. Tous nous exprimons notre satisfaction en riant à gorge déployée même si nul ne peut égaler Jasko, intarissable.
                                                                                                                                               

samedi 8 mai 2010

IZMIR

Au premier abord, Izmir semble une ville agréable à l'ambiance détendue, une ville méditerranéenne. Nous sommes logés dans le quartier d'Alsancak qui avec ses rues piétonnes, ses bars, ses quelques maisons grecques délabrées ou retapées, ses avenues bordées de palmiers et ses commerces de luxe,  évoque un coin d'Europe du sud. Pour aller au théatre on traverse la baie d'Izmir pour arriver à Karsiyaka, qui est la version résidentielle du quartier des loisirs d'Alsancak. Le théâtre donne directement sur la petite rue piétonne et c'est agréable quand on sort de se trouver directement confronté au spectacle de la rue et de ses habitants. L'équipe technique affectée pour l'occasion  est - comme souvent - pleine de bonne volonté, heureusement car il y a comme qui dirait -  comme souvent - des manques dans le matériel disponible sur place.  La première représentation devant un public majoritairement scolaire, ultra dissipée, est une épreuve. On accuse un  peu le coup d'autant que l'organisatrice du Centre Cul Français est là.On a l'impression qu'elle fait la gueule en se demandant si elle a bien fait de nous faire venir. On se ressaisit et la seconde est très réussie. Le public composé à l'identique est à l'évidence mieux tenu par l'encadrement que la précédente. Bonne concentration et le spectacle peut se développer dans de très bonnes conditions. Tout le monde (dont  nous) est très content. Ce qui m'amène à donner raison à ceux qui disent qu'un spectacle réussi ne peut pas l'être sans l'aide du public. 

Alsancak s'avère en grande partie un leurre. Une sorte de cache-misère. Izmir : des quartiers indéfinissables, le soir, tout juste derrière la façade rutilante du bord de mer. Nous quittons la ville sans état d'âme, à la différence d'Ankara. La compagnie s'égaie pour quelques jours, on se retrouvera à Istanbul.

jeudi 29 avril 2010

ANKARA 2

Pour revenir sur les représentations, le contraste est saisissant entre la 1ère et la seconde. Le public de la première est constitué exclusivement d'enfants venant des quartiers défavorisés, beaucoup de gitans. Dès les premières notes de musique on sent le public très concerné. Il se déchaine littéralement durant la chanson de Mahmut, des sifflets, des cris, on a l'impression d'être dans un concert de rock. Je ne crois pas que l'Eléphant ait jamais connu un tel accueil : Mahmut pop-star.
L'après-midi, public "bourgeois" et réactions contenues. Attentif mais rien à voir avec le matin.
Les sur-titres sont mal calibrés et de toute manière peu d'enfants les lisent. Toutes les représentations souffriront de cet handicap. La seule chose qui accroche est la musique. Les adultes ( principalement des gens du métier) apprécient eux favorablement le spectacle.
L'organisation du Théatre d'Etat est un vrai monolithe, extrêmement centralisé elle est ultra puissante. A l'image de son inspirateur le grand A, les décisions valables pour tous sont prises par une poignée de responsables. Ainsi à Ankara, qui compte 11 scènes dépendant de l'état, la programmation de tous les théâtres est décidée par une seule personne. Durant le mois de mai,
les directeurs artistiques de tous les théâtres d'Etat ( Devlet Tiyatro) de Turquie se réunissent et décident de la programmation générale de la saison suivante. Notre départ ayant été retardé, sur un coup de fil du Directeur Artistique au CC français qui désire absolument notre présence au cocktail du festival, on se saoule la gueule et on part prendre l'avion pour Izmir

mercredi 28 avril 2010

KONYA, ANKARA 1

A l'issue de la première représentation qui me semblait s'être plutôt bien passé, la comédienne qui présente le spectacle se fend d'une crise qui tout d'un coup cristallise les tensions dans le groupe.
Pleurs, claquements de portes et tutti quanti. Tout s'arrangera progressivement durant les jours suivants... A Ankara, même hôtel en plus chic. En fait cette chaîne est très proche du gouvernement de l'AKP et contribue activement au financement du parti. Petit déjeuner de rêve, profusion et produits de qualité indéniable. Nous sommes en plein coeur d'Ankara, sur l'Atatürk Bulvari, au milieu des ambassades. Dans les rues parallèles bars et restos modernes attendent les gosses de riches, les employés et les jeunes filles innocentes arborant des piercings pour faire chier la famille. A propos de jeune fille nous avons avec nous une chaperonne de 21 ans, charmante et parlant français. Quand Sylvie prononce le mot "Kurdistan" elle se raidit en disant que ça n'existe pas (certes !), après avoir vu le spectacle elle avoue à Sylvie qu'elle est choquée par le film dans lequel les enfants déchirent le panneau "Interdit de se baigner" surtout à cause de l'image qui est donnée de la Turquie, qu'elle juge négative. A part ça une perle, vive, dévouée,
intelligente. Toute une troupe d'étudiants engagés pour le festival pour un salaire correct en ce qui concerne le pays mais qui payent eux-mêmes toutes les communications téléphoniques incessantes qu'ils sont contraints de passer pour mener à bien leur mission. L'organisation de festival est ultra-rodée et nous sommes reçus comme des princes. Il y a pourtant une énorme incohérence entre le standing de la réception et le fait que les troupes présentes n'ont aucun cachet si elles ne se démerdent pas avec les services consulaires de leurs pays d'origine, ce qui semble n' être le cas que d'une petite minorité.
Le théatre où nous jouons est le plus ancien théâtre d'Ankara (1947 - ce qui signale l'extreme jeunesse de la tradition théâtrale turque), l'équipe technique - très sympathique et douée d'une excellente humeur semble s'entendre très bien ( çay à tous les étages ) et nous aide efficacement malgré les inexplicables manques dans le matériel compensés par l'ingéniosité et la bonne humeur. Les 4 représentations se passent bien. Les sur-titres posent quelques problèmes mais nous en venons à bout.

jeudi 22 avril 2010

Konya, 2ème jour

7 h du matin je me glisse hors de ma chambre au 18ème étage, on apprécie mieux la position de l'hôtel qui domine toute la plaine de Konya, bordée de montagnettes aux profils variés, d'autant que le soleil n'est pas encore visible. 10h arrivée dans le centre cul de la banlieue de Konya. Une salle immense mais aucun équipement, tout est à apporter du théâtre du centre-ville.
Dans les rues les gens apparaissent très uniformisés : femmes au foulard islamique, pas d'alcool ou de bière dans les épiceries, un air ultra consensuel en accord avec le gouvernement de l'AKP. Rien d'attirant, pour ne pas dire plus. On quitte le théâtre vers 19h, tous épuisés, on fait l'impasse sur le spectacle bulgare, programmé au vrai théâtre, et on rentre dans notre ghetto rupin et banal, après avoir acheté une bouteille de raki et des bières. Nos accompagnateurs nous signalent qu'il serait judicieux de cacher nos achats car l'hotel pourrait nous faire grise mine. J'en doute mais nous en tenons compte pour leur faire plaisir. C'est l'occasion de prendre un apéritif et de faire le point avant les représentations de demain. A 10h après un repas copieux mais sec, chacun rentre dans sa chambre. Demain après nos deux représentations nous quittons Konya pour Ankara. Sans regrets ? Sans regrets.

mercredi 21 avril 2010

Konya, la ville de Rumî

C'est les retrouvailles avec la Turquie, après 7 mois à Paris. La compagnie est comme toujours accueillie chaleureusement par les jeunes femmes du théâtre d'ETAT, cette fois à Konya. L'hôtel est luxueux mais a le mauvais goût de se trouver à 25 km du centre, ce qui signifie que pour aller trouver un market on peut toujours se brosser, que la bière au bar est à 8 €, que les chambres n'ont pas de fenêtres ouvrables, que l'eau du robinet n'est pas potable et qu'on demande 6€ pour une bouteille d'un litre et demi, en gros tous les ingrédients du voyage dans une bulle qui sied si bien à l'homme d'affaires captif. Et puis la Turquie ca signifie aussi pas de You Tube, pas d'Arte+7.. Bon j'arrête, maussade ce soir. Demain : montage du spectacle , au moins on va travailler. C'est déjà ça.

vendredi 2 avril 2010

Longévité d'une imposture


 Quand dans les années 1970 le maoïsme exerça un attrait incoercible chez tous les carriéristes de la critique, il mit à jour un aveuglement difficilement compatible avec ce qui fait profession de penser.
Mais qu'avait donc rapporté à Sartre ( par exemple ) tant d'études, de réflexions, d'œuvres, d'aventures si au bout du compte celui-ci ne trouvait meilleur emploi à sa pratique que d'aller faire l'homme-sandwich pour les maoïstes de la " Gauche Prolétarienne " à la sortie des usines Renault ?

 J'en ai cité un, on devrait les citer tous. Cela constituerait un joli florilège des cadres en charge des décennies suivantes dans des secteurs les plus variés. Il est étonnant de constater que d'avoir été tant de fois disqualifié par des prises de positions aberrantes n'a pas nuit à leur carrière et que bien au contraire cette pratique a largement contribué à l'avancement de celle-ci ( un réseau, deux rhizo..).

 Un des grands mérites de l'ouvrage de Jean-Marc Mandosio
[ " Longévité d'une imposture : Michel Foucault " édité par l'Encyclopédie des Nuisances ] est de montrer que les prises de positions aberrantes de Foucault - éloge de la condamnation sans preuves au nom de la Justice Populaire (époque maoïste), flirt poussé avec Khomeyni ( période pro-islamique ), etc.. - sont en accord avec les "conceptualisations" de celui qu'on gratifia du titre de "plus grand philosophe français".
Que cette incohérence est même le seul principe qu'elle érige pour justifier son opportunisme. Valeur essentielle, message fondateur du monde tel qu'il va. Selon ce principe la chute des illusions est inévitable, mais il faut veiller, comme le dit la chanson, à toujours retomber du bon côté.

lundi 15 mars 2010

Il y a 100 ans, les Arméniens de Turquie..

 
Traduction en français extraite du livre " 100 yil önce Türkiye'de Ermeniler "
publié par BIRZAMANLAR YAYINCILIK ( Istanbul ), disponible en turc, anglais et allemand.
Méchantes photos prises lors de l'exposition à la péniche ANAKO à Paris. Il est possible de se procurer ce livre en s'adressant à la péniche ou peut-être sur internet. Un panorama édifiant pour tous ceux qui connaissent l'état des lieux dans la Turquie d'aujourd'hui.


dimanche 7 février 2010

Eloge de Jean de Maillard

"Ce que Madoff faisait - quoiqu'on en pense - en artisan, les marchés financiers en font leur pain quotidien à une autre échelle, plus abstraite." Ces propos du juge Jean de Maillard nous ont semblé sonner très juste. Le style Ponzi s'étant généralisé dans le métier, les grotesques organismes de contrôle qui visitaient les comptes de ce fleuron de la Phynance n'avaient aucune raison d'y trouver quoique ce soit de répréhensible, d'autant qu'ils sont grassement rémunérés pour ne rien voir.
Le dogme de l'ultra-libéralisme auto-régulateur a depuis un bon quart de siècle convaincu tous les politiques de confier leurs affaires au marché. L'état s'est privé ainsi de toute capacité d'intervention. D'autant qu'aux dires de notre magistrat, il n'y a pas grand monde dans l'administration étatique qui comprenne quelque chose à ce qui se passe sur les marchés.

Un ministre canadien, à l'issue d'une réunion du G7 consacrée principalement au défaut de "crédibilité" des crédits consentis à certains états et de l'agitation spéculative qui à la fois en découle et la suscite, n'a pu qu'articuler cet aveu pitoyable : "Nous nous engageons à soutenir notre économie"
Dit comme ça, on peut constater que le politique a définitivement abdiqué toute prérogative dans la marche folle du capitalisme.

entretien avec Jean de Maillard sur le site de rue89 :
http://www.rue89.com/entretien/2010/01/31/le-jour-ou-la-fraude-a-controle-leconomie-135937

jeudi 28 janvier 2010

Hrant Dink et Ergenekon

Le déroulement du procès des assassins de Hrant Dink est un abominable scandale. L'impunité affichée par les accusés proférant des insultes et des menaces à l'égard du public, signifiant par avance le verdict ( "dans cinq ans je sors et là vous verrez.." ), la complaisance et la passivité du juge unique envers les accusés, sa volonté affichée de ne pas instruire le procès et son refus de faire comparaitre les divers responsables de la Sécurité, acteurs et témoins de la programmation de l'assassinat, tout porte à croire que la vocation de cette pantalonnade juridique grinçante est de servir de fusible et que l'on tient surtout à circonscrire la déferlante qui menacerait des personnes-clé qui ont des cartes en main.
Dans ces conditions que peut on attendre du procès de l'organisation terroriste d'état "Ergenekon" qui se déroule dans la chambre voisine ? Il serait naïf de croire que la Turquie sera débarrassée de la mainmise des organisations occultes au sein de l'état par des condamnations spectaculaires de généraux. Les audiences du procès des assassins de Hrant Dink et le refus d'instruire ensemble les deux affaires alors qu'il semble clair qu'elle se recoupent, démontrent a contrario que ces organisations sont bien en place et verrouillent la question.
Et si ma foi, il ne s'agissait finalement que d'un énième règlement de comptes au sein de l'état dans lequel la vérité n'a aucune place, personne ne s'en étonnera.
Et Hrant Dink, on pleurera.
Et on lui érigera des statues et - pourquoi pas ? - un poste de douane à son nom.

Irremplaçable source pour le suivi du procès : http://www.afaja.com/

vendredi 6 novembre 2009

De la belle ouvrage, du bel outrage


Je rencontrais parfois Ghérasim Luca.
C'était un ami de Gérard Nassoy, contrebassiste et
passionné du paradoxe. Il me l'avait présenté comme
un poète surréaliste et non embrigadé,
Gérard avait improvisé sur les poèmes de Ghérasim et
ils en avaient tous deux gardé un très bon souvenir et
parlaient souvent de remettre ça.
On se retrouvait dans la boutique de Claude Benayer sur
le quai, qui tenait plus du salon et où l'on jouait souvent
à improviser avec les instruments disponibles (flutes,
percussions, boites d'allumettes, etc) entre deux thés
deux joints et surtout des bavardages sans limites.
A l'époque il m'apparaissait comme un "vieux" vraiment cool,
aux raisonnements encore plus farfelus que les miens.
C'était un poète d'envergure à la personnalité unique
mais qui parfois m'agaçait, comme c'était souvent le cas
à l'époque pour tout ce qui me semblait s'être figé en procédé.
Ses poèmes déroulaient un incroyable bégaiement visionnaire
sans fin, et étaient faits pour la déclamation.

Selon ses proches, gravement déprimé par le cours du monde et
l'expulsion de son appartement qui venait de lui être notifié,
il se jeta dans la Seine le 9 février 1994.

En tout cas je n'avais jamais vu ses collages qui sont exposés
par la galerie l'Usine
102 boulevard de la Villette 75019
dans une exposition préparée par la femme de Ghérasim :
Catty, peintre, qui y présente également ses propres oeuvres.
L'expo dure jusqu'au 13 novembre 2009.

jeudi 29 octobre 2009

Mauvais coucheur



Nous sommes heureux de répercuter l'actualité
quand elle se révèle aussi en accord avec elle-même.
La fiac 2009 fut un succès.
"Affaires et affluence en hausse", titre le Monde.

Il n'y a pas à dire les gens veulent y croire jusqu'au bout.

http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/10/26/fiac-affluence-et-affaires-en-hausse_1258891_3246.html

vendredi 23 octobre 2009

Propos aigres

On ne saurait prendre trop de gants avec l'art contemporain.
Cette imposture, trop communément admise,
est à l'échelle du monde qu'elle habite.

C'est pourquoi en ces jours de biennale et autres fiac *
il faut saluer toute initiative visant à balayer une telle incongruité
qui prétend - à l'image du regain de religiosité ambiant -
à l'encaissement des dividendes d'un passé révolu.

Le plus remarquable cette année est peut être
la frilosité extrême concernant tout ce qui pourrait s'attirer
un soupçon de pédophilie, comme s'il n'y avait rien d'autre
d'au moins aussi scandaleux dans tout ce fatras chic.
A commencer par son existence elle-même.


* fiac : admirez le nom, exactement le bruit que fait un insecte s'écrasant sur le pare-brise d'une voiture à l'arrêt : fiak. Le vrai truc improbable.

lundi 19 octobre 2009

Mémoires du vent

DE LA PERK ( 2004 )
Paris - Istanbul - Paris
Music produced by Gregoire Baboukhian
with Sami Altindag : soprano sax
and Bernard Rubio : guitar

De la perk 09 by gregbaba

What music do these bloody Uïghur play ?


Reçu CE disque en provenance de ShanghaÏ.
De musique Ouïgour.
L'inscription sur le cd renvoie probablement
au nom d'un makam
Le premier morceau nous a scotché.
Le reste du disque est très bon mais reste
dans les canons du genre, que par ignorance
j'appellerais quawali uïghur.
Mais ce morceau, le premier, puise son extraordinaire
pouvoir dans la pratique chamanique et rappelle
le Voodoo rock de Dr John.

Nous serions heureux de connaitre plus précisément
qui et quoi est-ce ?

01 Piste 01 by gregbaba

Voici quelques éclaircissements que nous avons reçu :

" Pour moi, c'est clairement un muqam dolan. Hexatonique.
Les muqam dolan sont au nombre de 9, ils durent chacun
de 6 à 8 mns et ils sont composés de cinq parties
en opposition aux 12 muqam de l'école kashgarienne
qui s'appellent on ikki muqam et durent chacun deux heures
environ et sont formés de 3 grosses parties).
Plusieurs extraits figurent dans mon double CD (vol. 2),
les textes sont transcrits et traduits dans mon livre
où des explications et les rythmes sont donnés.
Mais dans mon cas, il s'agit des muqam dolan de l'oasis
de Mäkit (qui en revendique l'origine) alors que
dans votre cas, il doit s'agir d'une autre oasis.
Sur le CD, lui-même il est marqué en chinois
Xinjiang (en haut) puis muqam (en bas) mais on n'a pas de nom.
L'instrument qui domine, outre le tambourin sur cadre
avec sonailles (dap), est le Qalun, une cithare sur caisse.
Amicalement "
Sabine Trebinjac

mercredi 7 octobre 2009

Vidéo d'automne

A la recherche d'une présentation satisfaisante
de mes entreprises désordonnées, j'ai pris un grand
plaisir à réaliser ces vidéos à la manière d'un recueil de haïku.
Tentative visant à exprimer le caractère fugitif
mais très concret du sentiment de plénitude.

A l'origine est la bande-son : mixage d'ambiances filtrées et
mise en scène musicale.
Les images ( photos ) s'articulent sur la bande son et sont
parfois entrecoupées d'écrans noirs ou de placards de texte.
Le choix de ne pas faire un film parlant s'explique
par la volonté de ne pas empièter sur le son.

CELUI QUI L'AIME est dédié au maitre manga Jirô Taniguchi.
(Un homme oublie la femme qu'il aime en errant dans le métro parisien )



IN THE MOOD FOR WALK
( Impressions d'un promeneur sur les gens d'Istanbul en 2009 )