lundi 12 juin 2017

Où on parle de soi

 (A REGARDER EN PLEIN ECRAN)

expo Grégoire Baboukhian, 2016/12 from greg ba on Vimeo.
Au début il n’y a rien qu’un désir abstrait, presque un besoin physique.
Le regard évalue les lignes et aplats que trace le pinceau un peu au hasard. 
C’est un désir sans forme qui va progressivement se cristalliser dans la création d’un personnage.
Il s’agit d’arriver à accommoder dans le chaos des lignes une direction pour y parvenir.
Une fois ce schéma défini, la couleur fait son apparition comme le clown sur la piste du cirque, avec fracas. 
Après moult séances de ce type on se retrouve avec une collection de personnages isolés, créés au fil du vent.

L’étape suivante consiste dans la création de scènes qui réunissent ces acteurs pirandelliens sur l’espace du tableau vierge. Embryons d’histoire, affinités et indifférence sont les moteurs de mon choix. 
En mettant en rapport  ces personnages - possédants chacun une part de vécu qui lui est propre - je cherche à déclencher la chimie de la rencontre. S’il se passe quelque chose de cet ordre, même si ce n’est qu’une impression, je valide. Comme une araignée, je tisse la toile d'une humanité  complexe qui s'attire et se déchire,  qui joue, qui pleure, qui intrigue et se souvient.

Enfin la dernière étape, celle dans laquelle l’activité solitaire du plasticien s’entr’ouvre à la collaboration. Je réunis quelques amis et  je leur montre un par un les tableaux en leur demandant de trouver un titre pour définir le sujet du tableau. S’il y a lieu je leur fais part de mes idées. 
C’est un jeu et je ne suis pas tenu d’en respecter le résultat. Le rêve.

Grâces soient rendues à Ismail Yildirim, peintre et sculpteur turc vivant à Paris qui m’a encouragé à faire cette exposition dans sa galerie. Son expérience et ses précieux avis techniques ont été déterminants. 

Dans la galerie, le visiteur pouvait écouter sur son smartphone avec des écouteurs, 7 compositions musicales de 2-3 mn associées  avec 7  tableaux. Le résultat me parait positif, la musique (et dans un cas les paroles) élargit la palette et augmente le temps passé devant l’oeuvre et dans la galerie.

Le titre « Préhumains »  appelle une explication. Certains m’ont fait remarquer que dans cette exposition on est aux prises avec un monde un peu parallèle mais très humain. 
Les hommes d’aujourd’hui ne sont pas tellement éloignés de ce qu’ils étaient au départ et ils n’en restent pas moins des animaux. Le projet d’émancipation de l’homme poursuivi pendant des siècles en Europe est resté dans les limbes. Un univers libéré a bien été créé - celui dans lequel les marchandises circulent - dans lequel on est admis en tant que serviteur et tout porte à croire que même cette fonction est devenue obsolète.  






vendredi 21 avril 2017

Quand le bâtiment va..

A Rize sur la côte de la Mer Noire, on a construit ce pont pour les piétons l'année dernière.


vendredi 16 septembre 2016

Eté pourri


il se passe beaucoup de choses en Turquie et ce qui hier semblait exceptionnel mais cependant significatif de l'état réel du pays et de ses habitants, est devenu aujourd'hui si courant qu'il semble vain de vouloir s'en faire l'écho. Les gens ordinaires ont été tellement encensés par les dirigeants pour leur rôle crucial dans la déconfiture des putschistes, que certains se croient protégés et encouragés à exprimer toute leur petitesse et leur méchanceté à l'égard de ce qui est différent  ou simplement qui les gêne. Ils sont d'autant plus outrés d'être soudain traités avec le mépris avec lequel on les considère d'ordinaire ( cf la colère et les critiques des chauffeurs routiers contraints d'emprunter le nouveau pont sur le Bosphore avec les queues aux guichets et l'absence de raccordement autoroutier au reste du réseau istanbuliote ). Mis à part l'arbitraire odieux qui permet de mettre en taule n'importe qui sous l'accusation de güleniste, les règlements de compte à la tête de l'état vont bon train, au point où un vent de panique souffle dans le parti au pouvoir au vu des arrestations qui s'étendent dans ses rangs.
Dans les quartiers du centre d’Istanbul en réaction affichée au mode de vie promu par le pouvoir démocratique de l’AKP, le nombre de jeunes femmes en short, le ventre à l’air, fait plaisir à voir (mais si, mais si). A côté des coquettes enturbannées, et des  femmes arabes en noir avec toutes leurs nuances de masques, voilà qui semble ramener les choses du bon côté. La coexistence entre ces jeunes filles - de même que l’attitude réservée des hommes - ne semble pas provoquer de frictions. Mais hélas les choses se gâtent pour elles lorsqu’elles s’engagent un peu hors des circuits relativement sûrs. 
Les tensions exacerbées trouvent actuellement en Turquie leurs résolutions dans l’agressivité et l’intolérance. Le pays renoue avec sa caricature : chassez le naturel et la torture généralisée revient au galop dans les prisons.
A l’instar de ce qui se passe à la tête de l’état, les conflits dégénèrent dans le sang et des batailles rangées au moindre prétexte ( discussion sur le prix d’un service, place dans une aire de pique-nique, embrouille de trafic, etc, sans même parler des agressions envers des comportements qui ne coïncident pas avec la dictature de la religion sur la vie, tout est bon pour se défouler). 
A côté de ça une autre division partage le pays en deux : les gens de l’Ouest et ceux de l’Est. A l’ouest les gens vivent dans le nord et partent en vacances dans le sud, ils ne franchissent pas Ankara. Ce qui se passe au-delà vers l’est ne semble plus les concerner, comme si c’était un autre pays voisin mais qu’ils s’obstinent à penser leur. L’attentat de Daesh contre le mariage kurde à Gaziantep qui a tué principalement des femmes et des enfants à tenu deux jours à la première page des journaux, celui de Van revendiqué par le PKK a été évacué en une journée.Même les fameux « martyrs » ( soldats ou policiers tués chaque jour)  qui donnaient lieu à des funérailles très médiatisées commencent à lasser sans qu’on se l’avoue. Ajoutons que la coutume qui veut qu’on enterre un mort le lendemain de son décès facilite son évacuation sans délai. De toute manière ce n’est pas la première fois que la Turquie démontre ses étonnantes capacités d’oubli.
La censure est loin d’être inactive avec son black-out sur l’information considérée comme sensible par le pouvoir et du coup, tout se passe comme si le coup d’état raté ne l’est pas pour tout le monde. 

mardi 8 mars 2016

Cizre, après.

Après 80 jours de siège et la levée de l’interdiction de sortir 
dans la ville kurde de Turquie de Cizre, le président de la fondation des droits de l’homme de Turquie a pu rentrer dans la ville :
« Tout Cizre sent l’odeur de la décomposition des corps et de la chair brulée, Dans les maisons tout a été dévasté sciemment, c’est l’exécution d’une condamnation à mort. Ils (les kurdes) ne nous pardonnerons pas. Et moi non plus je ne me le pardonnerais pas. » a t-il déclaré.
Un député CHP de son côté : «  Nous sommes dans un pays qui n’est même pas capable de nous fournir d’informations fiables sur le nombre de morts. Dans les décombres, sur les berges du Tigre, il y a encore des morceaux de corps humains. On ne peut pas expliquer ça par de simples affrontements. C’est une vision de guerre. Où emploie t-on des tanks et des obus si ce n’est à la guerre ? Sur les toits des bâtiments vides l’armée a suspendu des drapeaux turcs, comme à la guerre quand on prend une position à l’ennemi. A ceux qu’on a chargé de la besogne la consigne donnée était : détruisez, brulez. Il n’existait plus aucun règle de droit. Dans ces circonstances aucun rapport d’autopsie ne peut être fourni et aucune autopsie ne saurait être fiable car les morts fournissent toujours des preuves.
 L’odeur de la mort est partout dans la ville. Les habitants me demandent ‘est ce ce que nous étions des ennemis ? ’L’État et ses obligés vont pouvoir rebâtir de juteux immeubles mais comment réparer le lien rompu avec la république ? »

D'après le journal Agos, lien en turc ci-dessous :

mardi 19 janvier 2016

Ohé Sevan !

Cela n'étonnera personne de savoir qu'en Turquie on emprisonne sans souci n'importe quel pékin sous n'importe quel prétexte. C'est bien sur également valable si on n'est pas n'importe quel pékin, tel celui que je voudrais présenter ici - un de mes plus fidèles compagnons de voyage, celui que l'on glisse dans son sac - en la personne de l'intrépide Sevan Nişanyan.
Un article vient de lui être consacré, il est disponible en trois langues dont le français : http://repairfuture.net/index.php/fr/genocide-armenien-reconnaissance-et-reparations-point-de-vue-de-turquie/l-insupportable-silence-face-a-l-emprisonnement-de-sevan-nisanyan
Tout ce qui suit est extrait de cet article, j'ai raccourci et remanié l'ordre des paragraphes de manière à essayer de le rendre plus accessible à qui ne connait pas l'animal. Sevan est une personnalité rare et le traitement dont il est l'objet est infâme.
Aucun de ses ouvrages n'est traduit en français.

" L’affaire Sevan Nişanyan n’est pas une affaire de construction sans permis. La Turquie est le paradis des constructions illégales et cela n’a jamais valu de peine de prison ferme à quiconque, excepté Sevan. Des parlementaires du HDP et du CHP ont interrogé le garde des Sceaux à ce sujet, si bien que l’affaire est passée devant l’Assemblée. Lors d’une séance de questions en juillet 2015, la députée CHP d’Istanbul Selina Doğan a adressé la série de questions suivantes :
1. Combien de personnes sont passées devant la justice et ont été condamnées ces dix dernières années en application de l’article 65 alinéa B de la Loi n°2863 sur le patrimoine culturel et naturel ?
2. Combien de personnes ont vu leur peine de prison commuée en amende ?
3. Combien de personnes ont été emprisonnées en vertu de cet article ? Combien d’entre elles ont bénéficié d’aménagements de peine ?
4. Y-a-t-il actuellement des détenus autres que Sevan Nişanyan condamnés en vertu de cet article ?
Aucune de ces questions n’a obtenu de réponse.
La députée HDP d’Iğdır, Pervin Buldan, a également porté la question devant l’Assemblée en décembre 2014 en interrogeant Bekir Bozdağ, le Garde des sceaux de l’époque, sur le caractère illégal de la condamnation prononcée contre Nişanyan (...) Buldan n’a obtenu aucune réponse à ses questions. Et pour cause, car il n’y a pas de réponse satisfaisante à cela.
Il ne faut pas oublier que Sevan n’était pas propriétaire des constructions incriminées. Rien ne lui appartient, à l’exception du panneau « Bibliothèque Sevan Nişanyan » à l’entrée de la bibliothèque du Village des mathématiques, désormais menacé de destruction. Sevan avait fait don depuis longtemps de l’ensemble de ces propriétés à la fondation Nesin [fondée en 1973 par l’écrivain Aziz Nesin pour s’occuper d’enfants pauvres, NdT]. Sevan a été mis en prison volontairement au nom d’un délit de construction illégale inventé pour l’occasion. Ce qui est à l’œuvre, c’est la volonté de salir Sevan tout en prévenant les réactions qu’aurait entraînées son arrestation pour délit d’opinion. Et de fait, ce faisant, toute réaction a été étouffée.

à ce jour, le total des peines d’emprisonnement prononcées pour Sevan s’élève à 17 ans alors que les condamnations pour défaut de paiement des amendes sont encore à venir

le traitement que l’on fait subir à Sevan s’explique avant tout par la publication de son livre, où celui-ci s’emploie à balayer la philosophie de la fondation de la République en dévoilant la nature profonde du régime. Il n’était pas acceptable de voir les pères fondateurs remis en cause, a fortiori sous la plume d’un écrivain arménien contestataire. La réponse est venue rapidement, à l’initiative du Haut-commandement militaire : on a tout fait pour salir Sevan en faisant fuiter des informations complaisamment reprises par un journaliste star de la  télévision et un journaliste malchanceux des informations parfaitement calibrées et présentées comme si elles dataient de la veille. Ainsi empêche-t-on du même coup les gens de lire l’ouvrage de Sevan, ainsi s’efforce-t-on de les tenir éloignés de la vérité.

Dans une chronique intitulée « Du devoir de lutter contre les crimes de haine » écrite en réaction aux polémiques sur les caricatures du Prophète [dans Charlie Hebdo en 2012, NdT], Nişanyan avait été condamné pour avoir écrit que « se moquer d’un chef arabe ayant proclamé il y a plusieurs siècles de cela qu’il communiquait avec Dieu et en a retiré des avantages politiques, financiers et sexuels ne constitue pas un crime de haine. C’est un simple test de la liberté d’expression, plus ou moins du niveau d’un enfant de maternelle ».

De même pour une autre chronique écrite à l’époque du mouvement Gezi, intitulée « Tout Premier ministre goûtera à la démission » [référence à la phrase coranique « Tout mortel goûtera à la mort », NdT]. « Tout mortel goûtera à la prison » se dit-on alors en haut lieu et Nişanyan d’être emprisonné après avoir vu sa peine confirmée le 2 janvier 2014. Pour l’affaire du Prophète, il sera condamné suite aux dénonciations et plaintes portées simultanément par 14 individus, de Trabzon à Istanbul en passant par Ordu et Antalya, par la 14ème chambre du Tribunal correctionnel d’Istanbul. On constate que les tribunaux correctionnels ont bel et bien été transformés en tribunaux spéciaux.

Que les membres du Club Pen de Turquie [association internationale d’écrivains, fondée en 1921 par Catherine Amy Dawson Scott, NdT], capables d’écrire un roman avec une centaine de mots de vocabulaire observent un silence religieux face à un écrivain aussi prolifique que Sevan n’est pas pour étonner, ni même le fait que le président du club turc se soit opposé à la campagne de mobilisation initiée par d’autres branches du club à l’extérieur du pays. Le fait qu’un intellectuel arménien contestataire ait plus fait pour la langue turque à lui seul que l’Association de la langue turque en 80 ans [institution en charge de la réforme et de normalisation du Turc, NdT], sans même parler des écrivains susmentionnés, est légitimement ressenti comme une humiliation (2).
Parmi les ONG, Human Right Watch et Amnesty International ont tiré la sonnette d’alarme sur l’affaire Nişanyan  et mentionné celle-ci dans leurs rapports respectifs. Il est étrange que, dans ce contexte, les ONG turques persistent à garder le silence, y compris la Ligue turque des droits de l’Homme qui a pourtant une commission consacrée au racisme et à la discrimination. Nous nous attendions également à ce que l’université stambouliote de Bilgi, où Sevan était chargé de cours, réagisse à cette incarcération. Celle-ci nous a fait savoir qu’elle avait certes bénéficié des compétences d’intellectuel de Sevan Nişanyan, mais ne souhaitait pas prendre parti en sa faveur. Autrement dit : « nous avons tiré profit de Sevan un temps mais nous n’avons plus besoin de lui ». Nous avons également demandé l’autorisation d’organiser une exposition à l’université du Bosphore, où Sevan a étudié, afin de montrer des photos du travail architectural réalisé à Şirince. Ceux-ci nous ont non seulement accordé l’espace demandé mais également proposé d’organiser une conférence sur le sujet, et pour cela nous sommes redevables au personnel et aux étudiants de l’Université du Bosphore.
Ce silence qui entoure l’affaire Sevan se fait également sentir à l’extérieur du pays, en Arménie ou au sein de la diaspora. Sevan passe pour n’être pas assez Arménien. Pourtant des ouvrages comme Le pays qui avait oublié son nom ou La Turquie à l’Est d’Ankara visent à dresser l’inventaire du patrimoine arménien historique, alors qu’un site comme l’Index Anatolicus permet aux internautes de connaître et de faire partager l’histoire de la moindre bourgade d’Anatolie [voir nisanyanmap.com qui recense un très grand nombre de localités de Turquie en mentionnant l’ensemble de leurs toponymes antérieurs à la turquisation, NdT]. Ce type de travail constitue une véritable avancée historique dans la lutte pour conserver les traces du passé arménien. Mais cela n’a pas suffi à assurer à Sevan le soutien de la diaspora arménienne.

En Arménie, l’Union des écrivains arméniensa souhaité organiser un évènement de soutien en faveur de Sevan. Nous avons partagé les informations en notre possession, envoyé les documents afférents, mais aucune nouvelle ne nous est parvenue depuis. Les ouvrages de Sevan étaient en train d’être traduits en arménien et devaient passer sous presse en octobre 2014. Aucune nouvelle non plus. Enfin le Ministère en charge de la diaspora arménienne avait décidé de décerner à Sevan le prix William Saroyan de littérature, ce qui m’avait profondément réjoui. Un an et demi plus tard, Sevan n’a toujours pas reçu le prix en question.

Ces mots écrits et transmis par Sevan à son retour de Berlin, où vivent ses enfants, juste avant de partir en prison, méritent d’être cités :
« Tout un tas de gens croient en toi, te font confiance et cela représente une grande responsabilité. Ce n’est pas bien de les décevoir, tu n’as pas le droit. Tu as lutté et accepté les conséquences de la lutte. Prendre peur et partir dès que le vent tourne, voilà qui serait une infamie. Tu n’as pas le droit de te ridiculiser. Tu t’es battu pour réaliser tes rêves dans ton village, tu t’es lié à cet endroit. Même si une poignée de fonctionnaires se met à ronger cela comme des souris, ça ne te donne pas le droit d’abandonner cette existence. Il y a encore bien trop de choses à faire. Tu as intimé aux gens de cesser d’avoir peur, tu as dit  que ce dont ce pays manquait le plus était le courage. Tu as érigé la Tour du défi [Hodri Meydan Kulesi, une tour en pierre d’une douzaine de mètres de haut qui domine les environs à Şirince, NdT]. Maintenant que l’ennemi pointe à l’horizon, cela ne te ressemblerait pas de fuir pour sauver ton petit confort personnel. Tu ne dois pas te contredire. Il y en a tant qui ont pris la poudre d’escampette. Beaucoup étaient des amis, des êtres chers. Mais tu as vu, de tes yeux la marque indélébile de la défaite qui s’était gravée sur leur front. Tu refuses de porter cette marque à ton tour. »
Nous nous sommes quittés sur ces mots, sans savoir quand nous nous reverrons de nouveau. Balloté entre plusieurs prisons, de Torbalı à Buca, de Şakran à Yenipazar, Sevan compte désormais les jours dans la prison de Söke [au sud d’Izmir, NdT] et ignore combien de temps durera sa détention. Mais nul besoin de chercher la colombe craintive en lui. Comme il le dit lui-même, il reste buté comme une autruche [« Je ressemble à une colombe qui craint pour sa vie. Mon seul  réconfort désormais, ma seule garantie, c'est de songer qu'au moins, dans ce pays, les hommes ne touchent pas aux colombes » a écrit Hrant Dink peu avant son assassinat. À quoi Nişanyan  réplique pour sa part : « Ne cherchez pas chez moi la colombe craintive. À tout prendre, je suis plutôt de la race des autruches butées ».

Sevan Nişanyan  est l’un des linguistes de Turquie ayant le plus contribué aux recherches étymologiques sur la langue turque. L’ouvrage publié en 2002, La racine des mots, dictionnaire étymologique du turc contemporain est une bible en la matière. [On peut également consulter gratuitement ce dictionnaire en ligne à l’adresse http://www.Nişanyan sozluk.com/ , NdT] 

extraits de l'article de Sait Çetinoglu.
http://repairfuture.net/index.php/fr/genocide-armenien-reconnaissance-et-reparations-point-de-vue-de-turquie/l-insupportable-silence-face-a-l-emprisonnement-de-sevan-nisanyan





samedi 19 décembre 2015

Diyarbakir

Quoi de mieux après la banalité de la vie quotidienne et les tragédies extraordinaires que de profiter de la trêve des confiseurs pour se changer les idées, en partant dans un lieu chargé d'histoire(s).
A quelques heures de Paris la fière cité de Diyarbakir vous offre des séjours dépaysants et à des prix défiant toute concurrence. Ambiance détonante assurée à tout moment.
Quelques photos pour vous mettre en appétit :
https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10153797222928674&set=pcb.10153797224053674&type=3&theater

jeudi 5 novembre 2015

Revenez demain...

Il y a un mois, je me faisais l'écho d'une des innombrables occasions où le pouvoir turc assène ses décisions avec un mépris total de ses concitoyens en démontrant une totale incapacité au dialogue et une sainte horreur du compromis. Le cadre lui, n'était pas banal. Je reprends ici l'article :
"Le village de Tatar köyü (160 foyers ) relié à la ville de Susheri à l’extrême nord-est de la province de Sivas s’est opposé à la captation d’une de ses sources afin d’alimenter d’autres villages. Il y a 5 mois ils ont empêché les engins d’accéder à la source. Hier la firme adjudicataire accompagnée de l’administration régionale et de gendarmes s’est heurté à une barricade à l’entrée du village. Les habitants, hommes et femmes, armés de bâtons ont déclaré qu’il s’opposeraient sans discontinuer à ce projet tant qu’il n’aura pas été modifié de manière à ce qu’une partie de l’eau reste en accès libre. Les négociations n’ayant rien donné, l’ordre de dégager le passage a été donné, à coup de gaz et de canon à eau. Les villageois se défendant avec des pierres. Un gendarme et trois villageois ont été légèrement blessés. Les résistants salement gazés ont été évacués par ambulance vers un hôpital. Les travaux ont commencé sous la protection des gendarmes. Plusieurs villageois sont en garde à vue. "
Je terminais avec cette conclusion : 
" Avec tout ce qu’on sait de la capacité de résignation et de soumission à l’autorité de telles populations, on peut dire qu’il y a quelque chose qui change au royaume du Grand Turc." 
Il se trouve que depuis cette affaire, à ma propre surprise comme à celle de beaucoup, les élections anticipées du 1er novembre ont redonné les pleins pouvoirs à Erdogan. 
Et comment donc ont voté ces villageois qui venaient d'en prendre plein leur gueule de la part du pouvoir en place ? On devrait s'attendre à une protestation exprimée dans les urnes. Les résultats sont éloquents et infirment cette conclusion optimiste. Sur les 182 votants de Tatar Köyü, 155 ont glissé le bulletin de l'Akp dans l'urne, 10 ont voté pour l'ancien parti kémaliste CHP, 8 pour les ultra-nationalistes du MHP, 4 pour les ultra-nationalistes à tendance musulmane plus affirmée du BBP, 2 pour les ultra-religieux du SP, et 1 pour les ultra-nationalistes négationnistes issus de l'ancien Parti Ouvrier  (Vatan Partisi). 
Ainsi la réalité des faits se charge de nous mettre dans la face l'insondable. 

vendredi 2 octobre 2015

Gezi au village

Le village de Tatar köyü (160 foyers ) relié à la ville de Susheri à l’extrême nord-est de la province de Sivas s’est opposé à la captation d’une de ses sources afin d’alimenter d’autres villages. Il y a 5 mois ils ont empêché les engins d’accéder à la source. Hier la firme adjudicataire accompagnée de l’administration régionale et de gendarmes s’est heurté à une barricade à l’entrée du village. Les habitants, hommes et femmes, armés de bâtons ont déclaré qu’il s’opposeraient sans discontinuer à ce projet tant qu’il n’aura pas été modifié de manière à ce qu’une partie de l’eau reste en accès libre. Les négociations n’ayant rien donné, l’ordre de dégager le passage a été donné, à coup de gaz et de canon à eau. Les villageois se défendant avec des pierres. Un gendarme et trois villageois ont été légèrement blessés. Les résistants salement gazés ont été évacués par ambulance vers un hôpital. Les travaux ont commencé sous la protection des gendarmes. Plusieurs villageois sont en garde à vue. 

Avec tout ce qu’on sait de la capacité de résignation et de soumission à l’autorité de telles populations, on peut dire qu’il y a quelque chose qui change au royaume du Grand Turc.



samedi 19 septembre 2015

Ces arméniens, ça pousse comme du chiendent

Suite de  http://le-bon-vent.blogspot.com.tr/.../ah-si-les-turcs...
et de http://le-bon-vent.blogspot.com.tr/2015/09/jubile.html

Le bilan humain des 8 jours de siège de Cizre par l’armée turque :

5 septembre
Sait Çağdavul(18) : tué d’une balle dans la gorge, manoeuvre.
Mehmet Emin Levent(21) : tué d’une balle dans la tête, chauffeur de camion. Enterré le 13 septembre.

6 septembre 
Cemile Çağırga(13) : N’a pas pu être transporté à l’hôpital, est mort sur les lieux des affrontements. Sa famille a conservé deux jours le corps dans son congélateur. Grâce à l’intervention de mandataires de l’HDP on a pu évacuer son cadavre à la morgue.
Osman Çağlı(18): blessé à la jambe, n’a pu être évacué vers un hôpital et a perdu la vie des suites de ses blessures le 7 septembre.

8 septembre 
Meryem Süne(45): mère de 7 enfants s’était rendue dans le jardin de sa maison pour faire ses ablutions avant la prière, atteinte par un projectile à la hanche elle a perdu la vie des suites de ses blessures sans avoir pu être évacuée sur un hôpital.

9 septembre 
Bahattin Sevinik(50): tué par balles dans la rue.
Suphi Saral(47): descendu de 5 balles tandis qu’il cherchait à porter assistance à son voisin ci-dessus.
Özgür Taşkın(18): tué dans la rue tandis qu’il allait chez  son oncle - qui possédait un générateur - pour pouvoir écouter les nouvelles.
Bünyamin İrci(15): frappé à la tête et à la poitrine par balles dans la rue tandis qu’il essayait d’aller chez son oncle pour le ravitailler de pain et d’eau.

10 septembre 
Selman Ağır(10):  frappé au cou, mort durant le trajet en voiture particulière vers l’hôpital.
Eşref Erdin(60): tué dans le dos sur son toit
Zeynep Edin(18) et Maşallah Edin(40) : Zeynep tuée devant chez sa belle-mère, son bébé de 6 mois dans les bras. Sa belle-mère Maşallah  tuée avant d’avoir pu aller à son secours. Par la suite on a ouvert le feu sur le convoi funéraire pour l’empêcher d’aller au cimetière.
Sait Nayci(17): atteint par balles à 9 heures du matin, a perdu la vie à 15 heures à cause de l’impossibilité de faire venir une ambulance.

11 septembre 
Mehmet Erdoğan(74): chiffonnier, persuadé qu’il était trop vieux pour qu’on le prenne pour un guérillero, sorti pour acheter du pain, frappé par balles à la tête dans la rue en rentrant chez lui, Son corps est resté dans la rue jusqu’au matin.

A quoi il faut ajouter 5 personnes qui on perdu la vie à cause de l’incapacité de rejoindre l’hôpital :
Muhammet Tahir Yaramış (35 jours)
Mehmet Dikmen
Mehmet Emin Açık
Hacı Ata Borçin
Hetban Bülbül 





lundi 14 septembre 2015

Ah si les turcs étaient des sangliers !

Un producteur de pistaches d’Afyon n’en pouvait plus de passer la nuit dans son champ pour le protéger des incursions dévastatrices des sangliers et écureuils. Il a eu alors l’idée d’installer un épouvantail sonore avec un ghettoblaster costaud alimenté par batterie.  Après quelques essais peu convaincants avec plusieurs styles musicaux il a trouvé une solution satisfaisante et radicale grâce à la musique « arabesk ».  Il a réglé la radio sur la fréquence d’une station qui en diffuse 24 heurers sur 24 et a mis le volume à fond. Les animaux effrayés ne s’approchent plus des pistachiers et Muhsin peut enfin dormir tranquille dans son lit.

Les agressions contre les kurdes en Turquie sont devenues monnaie courante dans tout le pays. 

Une parmi d’autres : Dans la région de Mudurnu, un groupe de crétins qui se pavane dans les rues avec des drapeaux turcs et en criant des slogans nationalistes tombe nez-à-nez avec 8 travailleurs du bâtiment kurdes et les menace « Vous allez respecter le drapeau (turc) ! ». Suite à la réponse des ouvriers « Que chacun respecte son propre drapeau ! » la rumeur que les kurdes ont brulé le drapeau turc se répand à l’instant dans la ville. Les ouvriers se réfugient dans le chantier de l’école où ils travaillent. Les gendarmes arrivent avec le père d’un « martyr » pour s’interposer et convaincre les excités de se disperser. Aucun effet. Arrive le préfet de la région qui monte sur l’échafaudage et déclare à peu près ceci : « En tant qu’état nous ferons le nécessaire.. Si tout un chacun se met à rendre la justice tel qu’il l’entend où allons nous ? Ne cédez pas à la provocation. » Les dingues protestent et réclament qu’on leur livre les kurdes et tentent d’investir l’école sur le toit duquel sont réfugiés les ouvriers. Les gendarmes tirent leurs capsules de gaz pour disperser la foule. Les excités qui sont rentrés commencent à jeter toutes les affaires des kurdes par les fenêtres tandis qu’on s’agite pour mettre le feu à l’école. Un grand nombre de flics sont envoyés  sur place en provenance des régions avoisinantes et réussissent enfin à encercler le bâtiment et à évacuer les kurdes sous les jets de pierres. Il est 3h20 du matin. Cela fait 7 heures et demie que ça dure.