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lundi 15 septembre 2014

Saturne dévoré par ses enfants


Interrogé dans la foulée des décès récurrents de jeunes et d'adolescents à cause d'overdose de « Bonzaï », cannabis synthétique dans lequel il y a on ne sait pas trop quoi, mais certainement pas mal de merde,
le professeur Ayhan Aktar, de l’université Bilgi a déclaré dans un interview :
" Ces treize dernières années, le gouvernement AKP a multiplié par deux la part des classes moyennes dans la population turque ( de 21 à 41% ). C’est aussi pour ça qu’il reçoit des voix. Les classes moyennes sont, partout dans le monde, connues pour être des bons vivants. Toujours affamées, jamais rassasiées. Produits de maquillage, fringues, etc..
Le type pauvre lui, ne peut pas aller ni au resto ni boire une bière. 
Avec l’explosion de la consommation en Turquie, l’élargissement de la classe moyenne est visible à travers les créations d’ AVM (centres commercial), le nombre de voitures neuves vendues.
La chute du nombre de votants au cours du dernier vote, est lui aussi imputable à cette évolution. Les partisans de l’AKP aussi, sont partis en vacances, pas seulement les CHP.
Cette classe moyenne recherche des lieux pour se divertir. Dans l’état des choses, il est normal qu’un étudiant veuille sortir une ou deux fois par semaine avec des amis dans certains lieux qu’il affectionne.
Prenons un exemple : si dans un café il boit deux grandes bières, avec quelques amuse-gueule, l’addition s’élève entre 30 et 40 livres. C’est au dessus du budget moyen d’un étudiant. Cette politique de taxes exagérées sur l’alcool engendre une très sérieuse gêne en Turquie. La taxe est de 52% sur la bière, de 55% sur le raki, de 25% sur le vin. Dans le cas où vous empêchez les possibilités de socialisation par la politique des prix, les jeunes vont glisser vers d’autres voies. Et là on se retrouve face de cette réalité amère qu’en dehors de l’alcool, les produits dopants de substitution sont les drogues synthétiques dont le BonzaÏ.
Selon les recherches il n’y a aucun risque de développement de l’alcoolisme dans notre pays. 83 % de la population ne boit jamais d’alcool, seuls 17 % en boit et une part importante de ces 17% ne boit qu’en groupe, à l’occasion de mariages, d’anniversaires divers, de fêtes sociales, En situation de socialisation on consomme de l’alcool. Ce n’est pas pensable de qualifier ces gens d’alcooliques comme le stigmatise la direction de l’Akp. Malheureusement, tandis que l’on essayait d’enfermer les jeunes chez eux en réduisant les lieux où ils pouvaient aller respirer comme bon leur semblait, on entrouvrait la porte du glissement vers les drogues synthétiques.(..) Le bonzaï est moins cher que la bière. Tout est dit.

Bien que le nombre de consommateurs soit si faible, il y a un véritable emballement dans l’industrie vinicole. Pourquoi ? Les femmes ont commencé à boire du vin. En général, pour s’endormir..
(...)
Parmi les autres politiques mises en oeuvre il y a les interdictions liées à la cigarette. Bien sûr la cigarette est nocive. Il est interdit de fumer quand on conduit mais bouffer un hamburger ou boire un coca est permis ! Selon moi il y a derrière toutes ces interdictions un conservatisme alaturka.

Un des traits les plus manifestes de la culture dominante des pays du moyen-Orient est l’hypocrisie. Les populations moyen-orientales encouragent l’hypocrisie.
(…) 
Les codes culturels de ce pays disent aux jeunes : au lieu d’aller boire deux bières avec des amis dans une brasserie, reste dans ta chambre et prend ce que tu veux. Tu ne va pas tituber en marchant, tu ne pueras pas de la gueule. On ne se rendra compte de rien. Nos codes culturels ont ouvert la voie à la diffusion en masse de l’usage des stupéfiants.
Par certains côtés, le pouvoir Akp à des airs du règne du sultan Abdulhamid II.  A son arrivée au pouvoir, lui non plus n’avait pas de cadres pour son administration. Il a ouvert des écoles pour produire les bureaucrates nécessaires. Il a réformé l’Académie Militaire. De ce fait, le fils d’un fonctionnaire des douanes appartenant à la classe moyenne, Mustafa Kemal, et le fils d’un fonctionnaire des sciences, Enver, ont été dans ces écoles. Dans ces écoles ces étudiants ont été confrontés à d’autres manières de penser. Et puis ils ont renversé en 1908, le sultan qui leur avait donné cette opportunité. N’ayez aucun doute, ce sont les classes moyennes engendrées par l’Akp qui le renverseront.
A l’époque du parti unique, dans l'entre-deux guerres, les Instituts de Village crées par les kemalistes pour produire des fidèles à sa cause, n’ont pas eut l’effet escompté. De ces Instituts est sorti toute une troupe de gauchistes. Pour moi, le développement des écoles religieuses aujourd’hui produira le même effet pour l’Akp que les Instituts de Village pour les kémalistes. Il n’y a aucune règle qui permettrait de croire que ces écoles produiront le style de type attendu par ses promoteurs. Il y en a qui boiront de la bière ! A l’époque des Lumières en Europe les plus fervents athéistes étaient d’anciens séminaristes.
Le centre de loisirs des 14 millions de gens d’Istanbul se trouve à Beyoglu et dans sa périphérie.
Le samedi soir pour reprendre le pont sur le Bosphore on se retrouve coincé dans les embouteillages, même à 2h du matin, à cause du fait qu’on a interdit la liaison maritime Kabatas-Üsküdar. Dans les années 1970  il y en avait toute la nuit. 
L’administration publique te dit ceci : si tu veux aller à Beyoglu il faut que tu rentres à 1h du matin. 
Tout ça c’est des petits détails, mais avec une tête pareille, c’est difficile de gouverner un pays dans lequel la classe moyenne a pris autant d’importance. 
En se disant je vais créer des générations musulmanes et satisfaire mon petit milieu d’amis islamistes, on risque de prendre des mauvaises décisions. (...) Et ensuite elles vous reviendront sous la forme de « bonzaï » au visage. 




http://www.taraf.com.tr/haber-buyrun-bonzai-namazina-163728/

jeudi 4 septembre 2014

Ah les beaux jours !

L'élection de R.T. Erdogan à la présidence de la république une fois acquise, l'offensive contre les procédures lancées contre son fils Bilal et lui-même, basée sur des écoutes téléphoniques dans lesquelles il est question de dissimuler au plus vite d'énormes quantités d'argent présentes au domicile de Bilâl avant une possible perquisition policière lancée par ses anciens alliés gülenistes au sein de la Magistrature et de la police - au prétexte de lutte contre la corruption généralisée du système mis en place par son parti -  ont été purement et simplement annulées. De surcroît, tous les acteurs (accessibles)  à l'origine de ces opérations anti-corruption se retrouvent en prison ou écartés.
Toutes les affaires mettant en cause les incompétences, les exactions des policiers durant les manifestations, ou les arrangements hors-la-loi des affidés du système suivent le même sort.
Que tous ceux qui croient encore à un quelconque changement de direction de R.T. Erdogan, une fois celui-ci devenu président, se cachent. La dictature basée sur la démocratie, une fois celle-ci réduite aux nombre de votants, fait plus que jamais recette. Pendant ce temps, chez les nombreux  partisans du mode de vie prôné par l'ancien premier ministre, rien ne parait entacher la confiance accordée à celui-ci.
Normal, on ne va pas se chier dessus.
Quant à ceux qui n'adhèrent pas à une telle société, une grande majorité semble s'y résigner comme à quelque chose d'inéluctable.
Les irrégularités sont telles que les ministres font mine de s'inquiéter des conséquences qu'elles peuvent entrainer pour la "Nouvelle Turquie" (qui ne fait qu'entériner et généraliser les pratiques de l'ancienne). Alors que le nombre de logements neufs invendus a dépassé le chiffre d'un million, on attend à la rentrée le lancement de  nouveaux programmes de construction de cités, soutenus par de grosses campagnes publicitaires. Le profit facile à se faire dans le bâtiment détourne les investisseurs de l'industrie, s'inquiète le ministre concerné.




dimanche 6 juillet 2014

mauvais vent

La page Musique :

Erkan Ogur, splendide musicien et esprit ouvert, devait donner un concert après la rupture du jeûne à Sakarya samedi dernier. 
Dans la journée un faux compte twitter ouvert au nom d’Erkan aurait commencé à diffuser des messages critiquant les services secrets turcs (MIT). 
La nouvelle va se diffuser avec un appel aux municipalités AKP de ne plus programmer un tel sauvage 
(« il n’a qu’à rester jouer chez lui »). La municipalité de Sakarya, servile, pour afficher sa soumission s’empresse d’annuler le concert.
Sans explication, si ce n’est de soi-disantes conditions météorologiques ( il faisait 28° ce soir-là, ciel légèrement couvert ).
Erkan n’a jamais eu de compte Twitter. Du coup son manager a été contraint de lui en ouvrir un pour de bon.

La page Santé :

Au Nigéria-Nord, dans une région qui vit sous la charia depuis 14 ans, un ingénieur chimiste de 29 ans qui a dit à sa famille qu’il était athée a immédiatement été interné à la demande de celle-ci dans un hôpital psychiatrique. Le premier médecin l’ayant trouvé en parfaite santé, la famille a eu recours à un second plus accommodant qui l’a mis sous traitement médicamental. Au bout de 18 jours d’internement, une opportune grève des médecins de l’établissement a entrainé la fermeture de l’hôpital, et il s’est retrouvé libre.  

mardi 17 juin 2014

Petite idée

selçuk demirel

L'attitude ultra attentiste de tous les acteurs internationaux concernés, plongés dans un spectaculaire effarement devant l'offensive des islamistes dans le nord de l'Irak, ne saurait s'expliquer par la seule incapacité légendaire des dirigeants.
Sur le terrain la situation a l'air d'avoir matière à inquiéter plus d'un va-t-en guerre.
Le gouvernement turc a interdit aux médias (internet compris bien sûr) toute diffusion d'informations en provenance de Mossul, sous prétexte de ne pas nuire aux otages (le consulat turc au grand complet plus les chauffeurs de camions turcs dont on a annoncé la libération puis macache). En fait, d'après le reportage de bfm-tv qui a confié un smartphone a un chauffeur qui s'est rendu à Mossul, les conquérants sont parfaitement soutenus par la population qui a reçu quelques bribes du pillage, et qui surtout se sent délivrée du joug anti-sunnite d'Al-Maliki. La population de Mossul serait même entrain de faire la queue pour s'enrôler dans les rangs de l'EIIL et marcher sur Bagdad.
La débandade de l'armée irakienne ne s'explique pas seulement par le fait qu'il n'étaient pas motivés mais par leur isolement dans le nord de l'Irak, en milieu hostile, telle une force d'occupation. Il a suffit qu'en face on appuie sur l'accélérateur pour que patatras le château de cartes s'écroule.  Ce n'était pas trop d'un hélicoptère pour mettre les bouts.
Dans ce contexte il y a matière à perplexité pour tous les intervenants potentiels.
En admettant qu'il en ait les moyens, comment le gouvernement irakien pourrait-il articuler une offensive significative sur un terrain où il s'est préalablement largement disqualifié par sa politique sectaire ?
La seule chose qui reste à faire c'est défendre son "territoire" pour contenir la vague djihadiste et la stabiliser sur les terres qui lui sont acquises. Et après, voir venir. Fastoche.

http://www.bfmtv.com/video/bfmtv/international/document-bfmtv-irak-coeur-mossoul-occupee-islamistes-17-06-205015/

samedi 10 août 2013

Cache toi objet !

La direction d'un hôtel sur la Mer Noire en Turquie, à l'occasion d'une matinée destinée à ses clients femelles, a jugé bon d'installer sur la scène un rideau pour cacher au public la vue de l'orchestre masculin de la chanteuse qui devait se produire. La chanteuse n'a pas rechigné à la tâche et a tenu la scène pendant deux heures, tandis que des clients mâles venait rejoindre peu à peu le public. Je l'ai toujours dit pourquoi s'encombrer de musiciens, d'autant plus s'il faut les soustraire à la vue du public.
(http://www.radikal.com.tr)

mardi 30 juin 2009

Bonne toile


Un film découvert à Istanbul : " Bayrampasa, ben fazla kalmayacagim ".
Des prisonniers de la maison d'arrêt de Bayrampasa à Istanbul
ont écrit le scénario au cours d'ateliers d'écriture, puis ont joué
dans le film qu'une équipe professionnelle a encadré et tourné.
Le film décrit la détention d'un coiffeur candide et innocent
dans une cellule collective de 110 détenus
gérée avec discipline et humanité par les prisonniers.
La mise en place de la vie collective gomme la surface des
amertumes individuelles et assure un équilibre psychique réel.
Les folies individuelles deviennent des excentricités rituelles
tolérées par la communauté. Personne ne reste seul face à
son drame. Il se formera toujours un groupe pour prendre
en charge les tensions.
Ce particularisme des prisons turques - difficile à concevoir
pour un européen - suscita en 2000 des dizaines de grèves
de la faim à l'issue tragique pour la défense de la détention
en commun contre la séparation imposée en cellule.
Le coup de force, baptisé ironiquement et sans ménagement
"Retour à la vie " fut mené sous couvert d'alignement
sur la réglementation européenne.
Ce film illustre en filigrane la défense de ce particularisme
sans y faire allusion. L'équipe du projet et les prisonniers ont
réalisé un vrai tour de force en transfigurant la privation de liberté
en un drame comique aux visées documentaires.



Ce film n'a pas à ma connaissance de sous titres en français.
Page Web : http://www.mahkumlarinfilmi.com/

jeudi 11 juin 2009

Bienvenue au Bon vent


L'association Elele organisait une conférence sur le nationalisme en Europe et en Turquie. Il s'avéra rapidement que mis à part quelques anecdotes on en aurait pour son argent (gratuit)
Type même de la communication stérile dont une des conclusions m'a frappé par son désenchantement : " Je n'en ai rien à foutre de rentrer dans l'Europe si celle-ci ne veut pas de moi. Ce qui importe pour la Turquie, c'est la perspective de cette candidature".
Soit les progrès ( lesquels concrètement ?.) que cette perspective ne manquerait pas de susciter en Turquie. Sur quoi un idiot a renchérit en comparant cela à la montée de l'escalier des futurs amants bien plus agréable que la consommation amoureuse qui est censée la couronner. La chair est triste, comme chacun devrait le savoir.
Un peu plus tard il fut question de carotte et de bâton. En un mot une soirée indispensable.