lundi 12 juin 2017

Où on parle de soi

 (A REGARDER EN PLEIN ECRAN)

expo Grégoire Baboukhian, 2016/12 from greg ba on Vimeo.
Au début il n’y a rien qu’un désir abstrait, presque un besoin physique.
Le regard évalue les lignes et aplats que trace le pinceau un peu au hasard. 
C’est un désir sans forme qui va progressivement se cristalliser dans la création d’un personnage.
Il s’agit d’arriver à accommoder dans le chaos des lignes une direction pour y parvenir.
Une fois ce schéma défini, la couleur fait son apparition comme le clown sur la piste du cirque, avec fracas. 
Après moult séances de ce type on se retrouve avec une collection de personnages isolés, créés au fil du vent.

L’étape suivante consiste dans la création de scènes qui réunissent ces acteurs pirandelliens sur l’espace du tableau vierge. Embryons d’histoire, affinités et indifférence sont les moteurs de mon choix. 
En mettant en rapport  ces personnages - possédants chacun une part de vécu qui lui est propre - je cherche à déclencher la chimie de la rencontre. S’il se passe quelque chose de cet ordre, même si ce n’est qu’une impression, je valide. Comme une araignée, je tisse la toile d'une humanité  complexe qui s'attire et se déchire,  qui joue, qui pleure, qui intrigue et se souvient.

Enfin la dernière étape, celle dans laquelle l’activité solitaire du plasticien s’entr’ouvre à la collaboration. Je réunis quelques amis et  je leur montre un par un les tableaux en leur demandant de trouver un titre pour définir le sujet du tableau. S’il y a lieu je leur fais part de mes idées. 
C’est un jeu et je ne suis pas tenu d’en respecter le résultat. Le rêve.

Grâces soient rendues à Ismail Yildirim, peintre et sculpteur turc vivant à Paris qui m’a encouragé à faire cette exposition dans sa galerie. Son expérience et ses précieux avis techniques ont été déterminants. 

Dans la galerie, le visiteur pouvait écouter sur son smartphone avec des écouteurs, 7 compositions musicales de 2-3 mn associées  avec 7  tableaux. Le résultat me parait positif, la musique (et dans un cas les paroles) élargit la palette et augmente le temps passé devant l’oeuvre et dans la galerie.

Le titre « Préhumains »  appelle une explication. Certains m’ont fait remarquer que dans cette exposition on est aux prises avec un monde un peu parallèle mais très humain. 
Les hommes d’aujourd’hui ne sont pas tellement éloignés de ce qu’ils étaient au départ et ils n’en restent pas moins des animaux. Le projet d’émancipation de l’homme poursuivi pendant des siècles en Europe est resté dans les limbes. Un univers libéré a bien été créé - celui dans lequel les marchandises circulent - dans lequel on est admis en tant que serviteur et tout porte à croire que même cette fonction est devenue obsolète.